WATERLOO
Victor
Hugo, fessement rajeuni par Jo May.
Waterloo,
Waterloo, Waterloo,
ô tristesse !
Sol jonché
de soldats dont on ne voit que fesses.
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle
mort mêlait des monceaux de ballons.
Fesses d'Europe ici, et là
fesses de France,
Choc sanglant : des héros,
dieu trompait l'espérance.
La victoire boudait et le sort
était las.
O Waterloo, je pleure et je taste, -hélas-
Ces fesses des soldats de la dernière
guerre :
C'étaient
plus de vingt culs là étalés par terre,
Ayant chassé
vingt rois, des Alpes au Bas-Rein,
Là,
leur âme chantait dans leur feu popotin.
Le soir tombait ; la lutte
était ardente et
noire,
On avait l'offensive, et presque la victoire :
On tenait Wellington, blotti sur sa maîtresse,
Sa lunette
à la main, et lui
tastant les fesses.
Au centre du combat, point obscur où
se presse
La mêlée
effroyable et les paires de fesses,
Surgit comme la mer, sombre comme horizon...
Soudain, joyeux, on dit : "Tanguy!., c'était
Campion.
L'espoir changea de camp et le combat de niche ;
La mêlée
en hurlant leur tomba sur les miches.
La batterie anglaise
écrasa nos carrés,
La plaine où
frissonnait ce tas de culs gelés
Ne fut plus, dans les cris des mourants en détresse,
Qu'un gouffre flamboyant, rose comme une fesse.
Gouffre où
les régiments, comme des pans de murs,
Tombent en se couchant comme fessiers trop mûrs.
Les hauts tambours-majors aux panaches
énormes,
Nous exhibaient alors des fesses trop difformes.
Carnage affreux, moment fatal, poète
inquiet,
On perdait la bataille et sur son cul replet
La Garde
était nichée au
pied d'un mamelon,
(C'est du verbe nicher, alors nichons, nichons).
Pourquoi donc se planquer en ce suave endroit ?
Tour le monde sait bien que la fesse est plus
bas !
Allons, faites donner la Garde, et cela presse :
Lanciers et grenadiers tremblaient fort de la
fesse ;
Dragons que Rome eût
pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers, se tenaient le derrière.
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette
soupe
Saluèrent
leur dieu en lui montrant la croupe.
Leur bouche d'un seul cri dit "Vive l'Empereur".
Et puis se retournant, montrent leur postérieur,
Tranquilles, souriant
à la mitraille
anglaise.
Les ballons de la
Garde étaient en mayonnaise.
Hélas
Napoléon sur sa Garde penché,
Regardait, ne voyant que de tremblants fessiers
Qui criaient, se tordaient en cet horrible
gouffre
Comme Serge Lama tous les soirs, quand il
souffre,
Fondre ses régiments
de granit et d'airain
Et qui se protégeaient
à tout prix l'arrière-train.
Ils allaient, larme
à l'œil, front bas,
comme à la messe
A l'inverse de ceux qui vont au Taste-Fesses.
La déroute
apparaît au grognard qui s'émeut
Et, regardant Campion, il cria "Chauv' qui
peut!"...
Sauve-qui-peut : affronts, horreurs et
infortunes :
C'était
le sauvetage à leur restant de lune.
Et quand le dernier
souffle avait échappé d'eux,
A tous les fessetins, ils avaient dit "adieu".
Comme s'envole au vent une paille enflammée,
S'évanouit
ce bruit qui fut la Grande Armée...
Et cette plaine, hélas,
où l'on baise aujourd'hui
Vit fuir ceux devant qui toute fesse avait fui.
Tant de jours sont passés
et ce coin de la terre
Waterloo, ce plateau, ce lion, son derrière,
Ce champ sinistre où
dieu mêla tant de néant,
Tremble encore d'avoir vu la fuite des séants